La Liseuse - Georges Appaix

à propos

La Liseuse 

Valser la phrase !
Envoyer valser la phrase ! non !
Non, plutôt parler sans se croire constamment tenu à dire…. Peut-être pas parler pour ne rien dire mais tout de même accepter de parler et ne rien dire ; ne pas s’écouter parler, mais écouter la parole ?
extrait de Question de Goûts, solo de et par Georges Appaix

Mais quel est votre sujet ?

On croit toujours tout connaître de l’univers de Georges Appaix tant il est cohérent dans ses paradoxes : chanson de gestes et précis de mouvements, textos chorégraphiques en langue jazzée, épices de pensée... Un art du fragment qui joue de la liaison et des ruptures, qui parle par exclamations et brouillages plutôt que par discours et récits. Des pièces qui filent entre l’air et la matière, comme les danseurs à travers cette portière méditerranéenne de Brigitte Garcia, presque toujours posée, légère, en un coin de la scène. Une grammaire toute en ponctuations, moins déterminante que variable, et une langue qui ne sépare pas les élans du cœur et les non dits, les malentendus et les éclairs d’intuition. La langue des hommes, avec un peu des cris de la fée…

Ici l’empêchement malicieux des incommuniquants – « pourquoi parlons-nous la même langue et parlons-nous différemment ? »-, ici encore et en même temps, le bégaiement délicieux des amoureux et des poètes qui ne cessent de redire leur foi dans l’intervalle du monde.

On croit savoir… Et pourtant, tout bouge, surtout depuis M encore, cette pièce emportée au vent des mots de Deleuze… Déjà, les duos prennent leur temps et une conversation, toute morcelée qu’elle soit, ne lâche pas le morceau avant d’avoir fait rendre gorge à toutes ses possibles variations. Même contraint dans ses termes, le texte développe toute une gamme d’entendements …Un bout à bout très abouti qui construit jusqu’au bout sa scène.

Non seulement... est l’accomplissement d’un désir : un tour de chant comme il se doit, avec musiciens et danseurs comme il ne s’en trouve guère. Là encore, Appaix, en auteur-compositeur-interprète, répond au défi du genre et polit chaque chanson comme une petite planète.

Once upon a time... fait le pari de garder tout ensemble l’abstraction et le concret des choses, « Ca, c’est quelque chose qui n’est rien » dit François Bouteau, manipulant Pascale Cherblanc, parlant en postures de l’énigme des formes avant d’interpeller, très quotidiennement, la danseuse et l’amie… À travers ses épisodes plastiques, chorégraphiques et sonores, le spectacle garde le cap de son sujet.

Le sujet, justement, de Question de Goûts, dernier solo en date du chorégraphe, c’est ce qui se passe, Immédiatement, là, tout de suite, son solo de 1996, quand un homme seul entre sur scène sans idée arrêtée mais avec l’envie d’y agir. Une histoire entre artiste et spectateurs puisque rien ne se fera sans l’un et les autres. Georges Appaix incarne un texte linéaire et progressif, qui déroule la situation et joue de tout ce qui lui passe par la tête et le corps, au fil de la création, donc de la représentation. Au risque du présent continu. Ce sera la base – sans doute fort chahutée - de la création à venir, Rien que cette ampoule dans l’obscurité du théâtre enlevée par 7 interprètes.

Georges Appaix ne renie sans doute pas les charmes de la séquence, du collage, du montage.
Mais il semble poursuivre plus fermement que jamais, à travers les tressauts et détours d’une voix intérieure, son cher sujet.
Quel est-il ?
Je parie pour le démon de la scène, qui prétend faire langue en tout lieu et tout instant.

Christine Rodès, janvier 2008

 

Les interprètes  

C’est leur singularité qui me touche. Je peux être séduit par un virtuose mais je choisirai finalement quelqu’un qui danse simplement mais d’une façon toute personnelle.

D’ailleurs, j’ai énormément de mal à remplacer un interprète : le spectacle est fait de lui tout entier... ses intonations, sa façon de bouger, son comportement...
Dans ce groupe de travail, les interprètes ont tous des origines différentes. Ils viennent de la danse - sauf Eric Houzelot, qui vient du théâtre - mais par des chemins très divers. Tous ont un rapport à l’écriture et leurs textes prennent une place considérable dans les spectacles. Jean-Paul Bourel et Sabine Macher (qui a publié plusieurs livres) sont des amis de longue date, François Bouteau développe un travail de chorégraphe que j’admire et tous trois ont par ailleurs travaillé avec le Groupe Dunes.
Chaque danseur prend une place, une position particulière et s’inscrit aussi dans un choeur, par un travail d’unisson que je fixe. C’est parfois difficile, il me faut imposer des choix, j’ai toujours pris la position de la personne qui décide et qui tranche, ça n’a pas été un collectif.
Beaucoup d’interprètes étrangers sont venus, souvent italiens comme Marco Berrettini, Claudia Triozzi, Chiara Gallerani... Quant à Sabine Macher et Marco Berrettini, ils étaient parfaitement quadrilingues, ce qui élargissait considérablement le travail sur la transversalité des langues, Ia traduction, les jeux de sens, de sonorité, de musicalité.

 

Le mouvement  

Les textes sont écrits, empruntés à des auteurs ou rédigés au sein de la compagnie, proposés par moi ou par les danseurs mais ils sont, en tout cas, très vite stables. Le mouvement, par contre, et plus encore ces derniers temps, trouve souvent sa forme à travers l’improvisation.

Cela passe par un travail d’atelier et un canevas précis, une structure très contraignante - qu’elle s’applique à I’espace, au dialogue, aux rapports avec le son... J’essaie de mettre les interprètes dans une situation de déséquilibre, de quête, une situation qui n’est pas faite pour décrire des états psychologiques mais pour créer des états d’intranquilité. C’est aussi une manière d’être entre les choses, entre la danse et la voix, entre le langage parle et le chant, entre danser et ne pas danser.
En fait, tout cela, c’est du mouvement. Tout ce qui élargit l’espace des interprètes sur la scène, leur espace physique, mental, leur expression, est intéressant, et cela agrandit en même temps les possibilités de perception du spectateur.
Oui, tout ce qui dilate est bon à prendre. Cela pousse aux opérations de combinaison. Les choses avancent et en même temps, se déplacent sur le côté, forment des figures... Dans ma tête, ça a parfois à voir avec la géométrie, peut-être à cause de mon histoire.... Quand je pense au mouvement, j’imagine des nappes qui se déplacent. Quand je raconte une histoire sur scène, c’est forcément quelqu’un qui bouge, qui avance : c’est comme un vecteur mathématique, un segment orienté. Et si cette histoire, par surcroît, change de langue d’un interprète à l’autre, ou si quelqu’un traduit, ça se déplace dans l’autre sens, on ouvre une deuxième dimension, concomitante à la première, et si la danse s’en mêle, ç’en est une troisième... Le mouvement devient exponentiel : un hyper-mouvement des corps, des perceptions, des sensations !

 

Le spectateur  

Peut-être faut-il qu’il y ait une différence de potentiel permanente entre le public et les interprètes pour que l’énergie circule. Et que ce qui se passe sur scène soit toujours sur le point de basculer. Précisément dessiné, mais énigmatique - oui, mystérieux. Parce que c’est alors au spectateur de jouer, de relier les bribes, d’interpréter.

Par expérience, je sais que c’est le public qui révèle le spectacle, comme par développement photographique. Apparaissent des choses qui jusque-là n’existaient pas ou qui existaient différemment la veille. C’est de l’interactivité : certaines salles rient, d’autres non. Ca tient à l’échange entre les interprètes et le public et à la contamination des spectateurs entre eux ; en tout cas, ça relativise l’influence du chorégraphe.
Ce qu’on voudrait permanent, cette écriture chorégraphique, est en fait plastique et peut s’éloigner de sa forme initiale...
Spectacle vivant, oui...

 

Le temps  

Je ne suis pas tout à fait dans le temps commun du spectacle, je résiste à la gestion habituelle d’une scène : exposition, évolution, résolution d’un drame. Mon temps, c’est celui des vignettes, des vignettes pas inertes et déjà dans le mouvement. Et ma marge de manœuvre est plus sur le voisinage, la transition des choses que sur les choses elles-mêmes.

Certains artistes conçoivent une pièce comme une courbe d’intensité, avec ascension et point culminant. Mes spectacles sont plutôt faits d’ilôts autonomes qui posent la question de leur proximité et de leur combinaison. Pour moi, la composition est comme la cuisine des couleurs assemblées... des matériaux simples sur lesquels on réfléchira. J’ai eu beaucoup de curiosité pour les arts plastiques, Duchamp, Rauschenberg, les Nouveaux Réalistes ou Baquié à Marseille (...), des gens qui travaillaient la captation sur le mode du fragment ou de la citation, et le traitement sur le mode du collage - ou du détournement. Cette légèreté-là me va. Je n’aime pas beaucoup le manifeste, la déclaration ni l’emphase....
Je fais partie des gens pour qui un spectacle est un instant dans la continuité du travail. Godard, par exemple, qui construit un scénario comme on décide de remettre certaines choses sur le tapis. Avec Godard, tout à coup, il y des choses qui prennent une grande acuité sans qu’on nous prenne par la main et qu’on nous mette en condition. Chez lui, l’émotion, c’est quand tout arrive par surprise et simplement, comme dans la réalité.

 

La musique  

Il y a la chanson, c’est le lieu de rencontre de la musique et des mots et c’est un petit théâtre en trois minutes, un bout d’histoire, une séquence courte. Ce qui me plaît dans cet art populaire, c’est la combinaison de simplicité et de raffinement.

Les musiciens de jazz, eux, ont réussi à trouver un chemin entre la structure et la liberté. J’ai souvent utilisé Coltrane (le grand libre, le grand mélodiste !) et qui d’ailleurs me fait penser à Ponge parce qu’il est capable de ressortir une bluette, un air que tout le monde chante et d’en faire quelque chose de sophistiqué. Le jazz, c’est la musique transversale par excellence, la musique métisse qui intègre toutes sortes de matières, classiques, ethniques, expérimentales, qui recycle et invente sans cesse, à travers les standards, les improvisations... Je suis évidemment sensible au rythme des batteurs, à la syncope, aux changements de mesure, au décalage du tempo... là encore s’exerce la rupture et la dissociation corporelle qui, par ailleurs, est une de nos grandes préoccupations. La chaleur des sonorités me touche, en particulier celle du saxophone, c’est par cet instrument que j’ai physiquement éprouvé la constance de la respiration, le travail du souffle... C’est à partir de là que j’ai eu envie, dans la danse, de travailler avec la voix, inspiré à l’époque par le travail des Double Six qui transcrivaient en paroles des musiques de jazz, note à note, et qui tissaient ensemble les mots, la mélodie et le rythme ; aujourd’hui j’écoute André Minvielle et Bernard Lubat.
J’aime aussi les musiques chorales, méditerranéennes, en particulier Giovanna Marini dont j’ai utilisé les musiques dans Le Bel Été, d’après le récit de Pavese, toujours pour ce même cocktail d’ingrédients populaires et de mixage raffiné. Après, j’ai glissé vers des musiques latines de danse, mambo, cha cha... Ces musiques à danser correspondent souvent dans le spectacle à des moments de repos, de plaisir immédiat, de connivence et permettent, par contraste, de mettre en valeur des éléments de textes plus complexes, qui sollicitent davantage l’attention du spectateur.

 

Les textes 

J’ai préféré m’appuyer soit sur la poésie, soit sur l’essai. Le poète est celui qui est capable d’agrandir l’espace de chaque mot, de lui donner des territoires nouveaux. Il n’est pas très loin du clown par sa façon d’être libre, en déséquilibre...

Comme Ponge, par exemple, il y a chez lui une certaine façon de regarder un caillou et de lui donner la même importance qu’au monde entier : c’est le regard qui compte, le prix qu’on donne aux choses, l’élection. Son écriture me convient : recherche de sonorités, possibilité de chahutage, de découpe... Ses textes se prêtent à mes manipulations irrespectueuses - dans Basta !, j’en ai bien usé, je me suis amusé. Pour Hypothèse fragile, toute l’équipe a choisi des textes et Queneau, Pérec sont revenus souvent...

Les philosophes, c’est pour le déclic. J’ai travaillé avec des phrases de Diderot, Jankelevich ou Deleuze. Tu prends une petite phrase, elle est précise, elle donne une information, elle ouvre un espace mental : ce n’est pas flou, c’est bien un point (le punctum de Barthes) et en même temps, c’est universel, un point qui circule, un point nomade...

Entretien avec Georges Appaix par Christine Rodès (extraits), revue La Pensée de Midi, « Création(s), la traversée des frontières », n°2, sept. 2000.

 

Bibliographie / Filmographie 

livres

  • Panorama de la Danse Contemporaine - 90 choréraphes - Rosita Boisseau - Ed. Textuel, oct.2006.
  • Danse Tracées, dessins et notations des chorégraphes. Ouvrage distribué par UD-Flammarion,
  • Ed. Dis Voir, 2005
  • Anne Bony, Les Années 90, chapitre sur la danse écrit par Chantal Aubry, Ed. du Regard, Paris, nov. 2000
  • Marcelle Michel, Isabelle Ginot, La Danse au XXe siècle, Larousse-Bordas, Paris, 1998 (nouv. éd.)
  • Dominique Frétard, La Danse en France en 1996, AFAA, coll. Chroniques de l’AFAA, Paris, 1996
  • Nouveaux créateurs, regards d’écoles. Danse, avant-propos de Jean-Pierre Montanari et Geneviève Vincent, CNAP, Paris, 1993

périodiques

  • Entretien avec G. Appaix par Christine Rodès, La Pensée de Midi, « Création(s), la traversée des frontières »., sept. 2000
  • « Oulipien fait », Philippe Verrièle, Les Saisons de la Danse, n° 317, juin 1999
  • « Le K de Georges Appaix », Irène Filiberti, Mouvement, sept./oct./nov. 1998
  • « Entretien avec Georges Appaix », Jefferson Lembeye, Théâtre Contemporain de la Danse, entretiens et chroniques, 97-98
  • « 99 biographies pour comprendre la jeune danse française. Georges Appaix », Les Saisons de la danse, hors série, été 1997
  • « Je ne sais quoi de Georges Appaix : usage philosophique de la danse », Jean-Jacques Delfour, Cassandre, 13 mars 1997
  • « Et si Appaix prenait un H ? » (interview), Emma Jacques, La Marseillaise, 18 avril 1996
  • « L’Oulipo gestuel de Georges Appaix », Fabienne Arvers, Infomatin, 24 juil. 1995
  • « Appaix, les bienfaits de l’alternance », Marie-Christine Vernay, Libération, 25 novembre 1994
  • « Appaix/Rebotier : la musique des mots », Isabelle Ginot, La Croix, 26 oct. 1994
  • « Georges Appaix : un parcours lettré », Irena Filiberti, Mouvement, février 1994
  • « De et Par, Georges Appaix et Cie », Christine Rodès, Les Lettres françaises, mai 1991
  • « Georges Appaix », Chantal Aubry, Pour la Danse, novembre 1989

films, documentaires :

  • Once upon a time, documentaire sur la création de la pièce « Once upon a time » 2004 – réalisation Eric Legay et l’association Des pas des figures / production Château Rouge Production - (51 minutes).
  • Le temps n’attend pas, documentaire sur la compagnie La Liseuse et Georges Appaix – réalisation Eric Legay / production Château Rouge Production - Télésonne – (52 minutes) – 2007.
  • Tempo !, réal. Henri Colomer, chor. Georges Appaix, prod. Idéale Audience, mars 2001 diffusion ARTE en projet. (10 films de 3 mn sur les danses populaires du XXe siècle, avec 10 danseurs de La Liseuse et des animations)
  • K comme Kouatuor, réal. Renaud Vercey, prod. La Liseuse, 1998 (17 mn - UMATIC SP Pal)
  • Portrait de La Liseuse, (extraits de l’inauguration du studio de la Cie à Marseille), réal. Renaud Vercey, prod. La Liseuse, 1995 (10 mn - U Matic)
  • Document sur Gauche-Droite, réal. Madeleine Chiche et Bernard Misrachi, prod. La Liseuse, 1994 (37 mn - UMATIC SP Pal)

 

Extraits de presse

en général mais en particulier...

Il a le verbe chantant et le corps musical, cet humaniste sans fioriture, unique en son genre. L’alchimie des sons, des mots, des gestes et des pas est construite sur des rythmes et tempos convergents et divergents, avec une finesse légère qui produit une grande délectation. Sa désinvolture est trompeuse ; il faut tout percevoir en même temps : l’humour subtil, le comique de situation, l’ironie tendre
mais non moins lucide, la poétique du quotidien, les éclairs de tristesse ou de révolte, les pieds de nez rieurs aux faux-semblants...
C’est l’expression d’un regard sensible et philosophique sur notre monde, la perpétuation savoureuse et chaleureuse d’une tradition orale revivifiée en les corps.
Nadine Raso

Mais s’il a choisi de vivre et travailler à Marseille, c’est surtout dans les vagues du langage que Georges Appaix prend plaisir à naviguer.
Cela débute par des propos encore flous, un peu vagues qui finissent pas s’insinuer au coeur du travail avant de peu à peu prendre corps et composer le spectacle. Car à chaque fois, Georges Appaix a “sa petite idée” qui s’éveille entre les objets et les choses, surtout dès lors qu’il se trouve en affinités. Affinités qui se sont développées au fil du temps avec des interprètes qu’il retrouve régulièrement depuis ses débuts...
Irène Filiberti

Léger comme toujours et comme toujours grave à la fois …
L’air de ne pas y danser, il poursuit d’ailleurs avec un entêtement discret la même interrogation. Mais ce qui paraissait seulement voici dix ans un flirt souriant entre danse et texte, est devenu, au fil des spectacles, oeuvre portant réellement sens. Linguistes et philosophes pourraient en faire leur miel, car parfois la danse éclaire bien mieux que tous les traités du monde sur ce que le corps produit et sur tout ce qui lui échappe, mots, gestes, vrais et faux mouvements.
Chantal Aubry, La Croix

Et l’on rit car le chorégraphe a une manière bien à lui de pointer les maladresses de corps, les maladies de la langue (du bégaiement à l’aphonie, du psittacisme au trou de mémoire). Danse, texte, rythme font partition commune, portée par une compagnie ludique. Les danseurs sont toujours déplacés, peu enclins à rejoindre
les rangs d’une danse académique. Entre Duchamp et Oulipo, Georges Appaix poursuit sa réflexion sur une danse de proximité, sur l’intérêt général.
Marie-Christine Vernay, Libération

récemment…

Once upon a time : Juste une précision et un investissement qui vont à l’essentiel.
Souvent drôle, parfois déroutant, toujours réglé au millimètre, ce nouvel opus confirme la richesse du catalogue de Georges Appaix.
Les 7 danseurs, eux non plus, ne racontent pas d’histoire, ils portent simplement leur regard sur une réalité, celle du contact avec les sons, les images évoquées, projetées ou peintes, et les objets. Pas de performance spectaculaire ni de démonstration athlétique suffocante, juste une précision et un investissement qui vont à l’essentiel.
R.M , Le midi Libre, novembre 2004

A posteriori est une pièce foisonnante et d’une belle unité qui déborde l’Odyssée d’Homère, inventant de nouveaux héros…
Georges Appaix retrouve des bribes de ses Antiquités fondatrices. Et livre une fable tendrement drôle mais techniquement bluffante et d’une fraîcheur sans date de péremption.
Denis Bonneville, La Marseillaise, mars 2006

Question de goûts, ses délires sérieux et son austérité joyeuse…
Un one man show généreux, drôle et sensible, avec ses « conversations avec mon propre corps », ses allers retours incessants entre sens et mouvements, ses échappées belles vers les Beatles ou le Mambo miam miam de Gainsbourg, ses délires sérieux et son austérité joyeuse…
Denis Bonneville, La Marseillaise, octobre 2007

Question de goûts, de l’intelligence installée entre les choses.
Il y a quelque chose, chez Georges Appaix, qui résiste obstinément à l’analyse. Un charme qui naît du personnage et balaye sur son passage toutes les préventions.
Question de goûts atteint une sorte de maîtrise modeste du presque rien (…)
Cet homme est là, sur scène à bavarder, à marcher, à esquisser, à sous-entendre, à entendre dessous, à parcourir l’espace, à nous faire sourire, complices un instant de ses décalages, de l’incongruité, de l’intelligence installée entre les choses.
Agnès Freschel, Zibeline, novembre 2007

Rien que cette ampoule dans l’obscurité du théâtre.
Jubilatoire et burlesque, Rien que cette ampoule dans l’obscurité du théâtre, la dernière pièce de Georges Appaix, éclaire l’impulsion créatrice qui l’unit à ses interprètes, et au public. C’était à Pôle Sud à Strasbourg. Il y a de la maison démontable de Keaton, du Pirandello, et des tombereaux d’interrogations dans la nouvelle pièce du chorégraphe Georges Appaix. A l’invite du Marseillais, le public éclairé par « rien que cette ampoule dans l’obscurité du théâtre » bascule dans les coulisses de la création. Fiché dans son imper, Appaix attaque le plateau par la gauche et examine un lieu où quelques portes ébauchent un décor. Rien n’est encore écrit sur cette page blanche qu’est la scène. Peu à peu, d’autres danseurs prennent leurs marques, testent la résonance du sol. Air circonspect, on se prend les pieds dans le fil du micro, on redresse d’autres portes, plantes vertes en plastique et chaises composent le cadre.
Six interprètes, d’une bouche à l’autre
L’exutoire vocal d’onomatopées active l’histoire jusque-là sans paroles, le temps de la représentation s’accélère alors que d’aucuns ne veulent pas rester trop longtemps seul ici... D’une bouche à l’autre, les six interprètes - Séverine Bauvais, Jean-Paul Bourel, François Bouteau, Wendy Cornu, Sabine Macher et Gill Viandier - se passent les mots, s’imbriquent énergiquement en duo, voire en trio. De manière récurrente, les corps touchent peu le sol, juste pour l’impulsion, mais visent l’érection, bras tendus. Ornette Coleman, Tim Berne et surtout la voix caverneuse de Lou Reed soutiennent de jouissives séquences chorales. Personne ne s’économise, et chacun sert comme tout bon acteur la société de spectacle. En parsemant de fragments de son texte Questions de goûts, Georges Appaix dynamite les arcanes de la dite société, des motifs publicitaires à la vacuité du langage. On rit à s’en prendre les pieds dans le plat. Comique de répétition bien rôdé qui s’arrête intelligemment sur l’entre deux où se coursent fiction et réalité. Si les six personnages de Pirandello sont en quête d’auteur, les danseurs de la Liseuse ont bel et bien trouvé le leur. Authentique, et courageux, Georges Appaix façonne une danse à l’écriture judicieusement vivante. A coup de crayons de corps.
Veneranda Paladino
Dernières Nouvelles d’Alsace, avril 2008