La Liseuse - Georges Appaix

 

 

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Le temps

Je ne suis pas tout à fait dans le temps commun du spectacle, je résiste à la gestion habituelle d’une scène : exposition, évolution, résolution d’un drame. Mon temps, c’est celui des vignettes, des vignettes pas inertes et déjà dans le mouvement. Et ma marge de manœuvre est plus sur le voisinage, la transition des choses que sur les choses elles-mêmes.

Certains artistes conçoivent une pièce comme une courbe d’intensité, avec ascension et point culminant. Mes spectacles sont plutôt faits d’ilôts autonomes qui posent la question de leur proximité et de leur combinaison. Pour moi, la composition est comme la cuisine des couleurs assemblées... des matériaux simples sur lesquels on réfléchira. J’ai eu beaucoup de curiosité pour les arts plastiques, Duchamp, Rauschenberg, les Nouveaux Réalistes ou Baquié à Marseille (...), des gens qui travaillaient la captation sur le mode du fragment ou de la citation, et le traitement sur le mode du collage - ou du détournement. Cette légèreté-là me va. Je n’aime pas beaucoup le manifeste, la déclaration ni l’emphase....
Je fais partie des gens pour qui un spectacle est un instant dans la continuité du travail. Godard, par exemple, qui construit un scénario comme on décide de remettre certaines choses sur le tapis. Avec Godard, tout à coup, il y des choses qui prennent une grande acuité sans qu’on nous prenne par la main et qu’on nous mette en condition. Chez lui, l’émotion, c’est quand tout arrive par surprise et simplement, comme dans la réalité.

Entretien avec Georges Appaix par Christine Rodès (extraits), revue La Pensée de Midi, "Création(s), la traversée des frontières", n°2, sept. 2000.